- I. Evolution du PLACET
Version finale
Placet futile, dit Sonnet Louis XV
Princesse ! à jalouser le destin d’une Hébé
Qui poind sur cette tasse au baiser de vos lèvres,
J’use mes feux mais n’ai rang discret que d’abbé
Et ne figurerai même nu sur le Sèvres.
Comme je ne suis pas ton bichon embarbé,
Ni la pastille ni du rouge, ni Jeux mièvres
Et que sur moi je sais ton regard clos tombé,
Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres !
Nommez-nous... toi de qui tant de ris framboisés
Se joignent en troupeau d’agneaux apprivoisés
Chez tous broutant les vœux et bêlant aux délires,
Nommez-nous... pour qu’Amour ailé d’un éventail
M’y peigne flûte aux doigts endormant ce bercail,
Princesse, nommez-nous berger de vos sourires.
Pastiche de la poésie galante du XVIIIème siècle, daté de 1862.
Inspiré d'un sonnet dédié à Mme du Barry, daté de 1844, dont l'auteur serait Privat d'Anglemont, décédé en 1844 ; sans doute l'auteur en serait Verlaine...
Version dite du Papillon : on voit l'évolution de cette première version par le vers entre crochets.
PLAGET
J’ai longtemps rêvé d’être, ô duchesse ! l’Hébé
Qui rit sur votre tasse au baiser de tes lèvres.
Mais je suis un poète, un peu moins qu’un abbé,
Et n’ai point jusqu’ici figuré sur le sèvres.
Puisque je ne suis pas ton bichon embarbé,
Ni tes bonbons, ni ton carmin, ni tes jeux mièvres,
[Et qu'avec moi pourtant vous avez succombé,]
Et que sur moi pourtant ton regard est tombé,
Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres.
Nommez-nous... vous de qui les souris framboisés
Sont un troupeau poudré d’agneaux apprivoisés
Qui vont broutant les cœurs et bêlant aux délires,
Nommez-nous... et Boucher sur un rose éventail
Me peindra, flûte aux mains endormant ce bercail,
Duchesse, nommez-nous berger de vos sourires.
(1862)
Evolution suivante :
Duchesse, j'ai longtemps rêvé d'être l’Hébé
Sur votre tasse et que baisent vos lèvres.
Mais, n'étant que racleur de lyre, et moins qu' abbé,
Je ne pourrai jamais figurer sur le Sèvres.
Hélas ! Je ne suis pas ton bichon embarbé,
Ni le sac de bonbons croqués par tes dents
Mais qu'hier près de moi ton regard est tombé,
Blonde dont les coiffeurs ravis sont des orfèvres.
Fais de nous... vous de qui les souris framboisés
Sont un troupeau poudré d’agneaux apprivoisés
Qui vont broutant les cœurs et bêlant aux délires,
Fais de nous... et Boucher sur un rose éventail
Me peindra, flûte aux mains endormant ce bercail,
Duchesse, nommez-nous berger de vos sourires.
- II. Evolution du PITRE
Version définitive - 1887
Le pitre châtié
Yeux, lacs avec ma simple ivresse de renaître
Autre que l'histrion qui du geste évoquais
Comme plume la suie ignoble des quinquets,
J'ai troué dans le mur de toile une fenêtre.
De ma jambe et des bras limpide nageur traître,
A bonds multipliés, reniant le mauvais
Hamlet ! c'est comme si dans l'onde j'innovais
Mille sépulcres pour y vierge disparaître.
Hilare or de cymbale à des poings irrité,
Tout à coup le soleil frappe la nudité
Qui pure s'exhala de ma fraîcheur de nacre,
Rance nuit de la peau quand sur moi vous passiez,
Ne sachant pas, ingrat ! que c'était tout mon sacre,
Ce fard noyé dans l'eau perfide des glaciers.
Première version 1864, ci dessous :
LE PITRE CHATIÉ
Pour ses yeux, - pour nager dans ces lacs, dont les quais
Sont plantés de beaux cils qu'un matin bleu pénètre,
J'ai, Muse, - moi, ton pitre, - enjambé la fenêtre
Et fui notre baraque où fument tes quinquets.
Et d'herbes enivré, j'ai plongé comme un traître
Dans ces lacs défendus, et, quand tu m'appelais,
Baigné mes membres nus dans l'onde aux blancs galets,
Oubliant mon habit de pitre au tronc d'un hêtre.
Le soleil du matin séchait mon corps nouveau
Et je sentais fraîchir loin de ta tyrannie
La neige des glaciers, dans ma chair assainie,
Ne sachant pas, hélas ! quand s'en allait sur l'eau
Le suif de mes cheveux et le fard de ma peau,
Muse, que cette crasse était tout le génie !
Posté à 14h17 le 16 août 25
Édité à 14h30 le 16 août 25 par Jim